LVII. EXTRAIT D'UNE VISION ANTERIEURE


 

 

    Dans une vision du dernier mois de la vie de Jésus, la soeur Emmerich vit trois Chaldéens, d'un lieu dont le nom ressemblait à Sicdor et où ces païens avaient une école de prêtres, visiter le Seigneur à Béthanie, chez Lazare. Déjà, dans une autre occasion, le 17 décembre, elle avait raconté ce qui suit touchant leur religion et leur temple : à peu de distance de ce temple était sur une hauteur une pyramide avec des galeries où ils observaient les autres. Ils prédisaient l'avenir d'après la course des animaux, et interprétaient les songes. Ils sacrifiaient les animaux, mais avec horreur du sang qu'ils laissaient toujours couler à terre. Ils avaient un feu sacré et une eau sacrée qui figuraient dans leurs cérémonies religieuses ainsi que des petits pains bénits et le jus d'une plante qu'ils regardaient comme sainte. Leur temple était de forme ovale et plein d'images en métal artistement travaillées. Ils avaient le pressentiment très marqué d'une mère de Dieu. L'objet principal dans leur temple était un obélisque triangulaire. Sur l'un des côtés était une figure avec plusieurs pieds d'animaux et plusieurs bras, qui tenait entre ses mains une boule, un cerceau, un petit paquet d'herbes, une grosse pomme à côté attachée à sa tige, et d'autres choses encore. Son visage était comme un soleil avec des rayons ; elle avait plusieurs mamelles, et signifiait la production et la conservation de la nature ; son nom était comme Miter ou Mitras. Sur l'autre coté de la colonne était une figure d'animal avec une corne : c'était une licorne, et elle s'appelait Asphas ou Aspax. Elle combattait avec sa corne contre une méchante bête qui se trouvait sur le troisième côté. Celle-ci avait une tête de hibou avec un bec crochu, quatre pattes armées de griffes, deux ailes et une queue qui se terminait comme celle d'un scorpion. J'ai oublié son nom : d'ailleurs je ne retiens pas facilement ces noms étrangers ; je confonds l'un avec l'autre, et je ne peux qu'indiquer à peu près à quoi ils ressemblent. A l'angle de la colonne, au-dessus des deux bêtes qui combattaient, était une statue qui devait représenter la mère de tous les dieux. Son nom était comme Aloa ou Aloas ; on l'appelait aussi une grange pleine de blé, et il sortait de son corps une gerbe d'épis. Sa tête était courbée en avant, car elle portait sur le cou un vase où il y avait du vin, ou dans lequel le vin devait venir. Ils avaient une doctrine qui disait : le blé doit devenir du pain, le raisin doit devenir du vin pour nourrir toutes choses. Au-dessus de cette figure était une espèce de couronne, et sur la colonne, deux lettres qui me faisaient l'effet d'un O et d'un W (peut-être Alpha et Oméga).

 

   Mais ce qui m'émerveilla le plus dans ce temple, ce fut un autel d'airain avec un petit jardin rond, recouvert d'un treillis d'or, et au-dessus duquel on voyait la figure d'une vierge. Au milieu se trouvait une fontaine composée de plusieurs bassins scellés l'un sur l'autre, et devant elle un cep de vigne vert avec un beau raisin rouge qui entrait dans un pressoir, dont la forme me rappela vivement celle de la sainte Croix, mais ça n'était qu'un pressoir. Au bout d'un tronc d'arbre creux était ajusté un large entonnoir dont l'extrémité la plus étroits aboutissait à un sac de raisins : contre ce sac jouaient deux bras mobiles comme des leviers qui entraient dans l'arbre des deux côtés, et écrasaient les grappes, dont le jus coulait par des ouvertures. Le petit jardin rond avait cinq à six pas de diamètre il était plein de fleurs, d'arbrisseaux et de fruits, tous, comme le cep de vigne, fort bien imités et ayant une signification profonde.

 

  Cette représentation prophétique du salut futur avait été faite plusieurs siècles auparavant par les prêtres de ce peuple, d'après ce que leur avait appris l'observation des astres. Ils avaient aussi vu cette image, autant que je m'en souviens, sur l'échelle de Jacob (1). Ils avaient encore d'autres pressentiments et figures prophétiques de la Mère de Dieu, mais mêlés avec d'autres traditions et mal compris. Toutefois, peu de temps auparavant, ils avaient été instruits de la signification du jardin fermé et de la fontaine scellée : il leur avait été révélé que Jésus était le cep de vigne dont le sang devait régénérer le monde, le grain de blé qui, mis en terre, devait ressusciter. Ils avaient appris qu'ils possédaient plusieurs symboles et plusieurs annonces de la vérité, mais mêlés avec des inventions de Satan qui les obscurcissaient. Ils avaient été renvoyés pour acquérir de plus amples instructions aux trois rois, qui, depuis leur retour de Bethléem, habitaient plus près de la Terre promise qu'auparavant, savoir dans l'Arabie heureuse, et n'étaient qu'à deux journées de chemin de ces Chaldéens.

 

(1) Ces deux représentations sont évidemment le Jardin fermé et la fontaine scellée du Cantique des Cantiques (c. IV, V, 12), Images que l'Eglise a toujours regardées comme désignant la sainte Vierge. Elle dit qu'ils avaient vu ce tableau sur l'échelle de Jacob, parce qu'elle-même avait vu dans cette échelle, où montaient et descendaient les anges, et au haut de laquelle le Seigneur promit a Jacob que de lui sortirait le salut du monde un tableau prophétique de l'Incarnation où étaient exprimés par divers symboles, soit le temps de l'avènement, soit les conditions auxquelles il aurait lieu. Elle avait vu aussi que d'autres peuples que le peuple élu avait reçu à quelque degré des révélations de ce genre, ainsi que le prouvent l'exemple de Balaam et celui des trois rois, qui avaient appris la naissance du Christ en observant les astres. Elle vit cette fois que les Chaldéens avaient eu une vision prophétique semblable à l'échelle de Jacob et où ils avaient vu le Jardin ferme, mais il y avait entre eux et le peuple de Dieu la différence exprimée par le Sauveur (Marc, IV 11, 12). Il vous est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, tout est montré en paraboles à ceux qui  sont dehors, en sorte qu'ils volent et n'aperçoivent pas, qu'ils entendent et ne comprennent pas.

Jésus ne parla que brièvement et en passant à ces étrangers. Il les envoya à Capharnaüm, vers le centurion Zorobabel dont il avait guéri le serviteur, et qui, ayant été un païen comme eux, devait se charger de les instruire. Je les vis se rendre chez lui. C'étaient des hommes de grande taille, jeunes, beaux, sveltes : ils étaient autrement conformés que les Juifs ; leurs pieds et leurs mains étaient d'une petitesse remarquable.

Ici peut se rapporter encore ce que dit la soeur une autre fois : Quand je vois des paraboles relatives a la vigne, ou quand je prie pour des diocèses et des paroisses qui me sont montrés sous forme de vignes, où il me semble que je dois faire des travaux pénibles, j'y vois toujours le pressoir semblable à la croix, mais élevé au milieu d'une cuve ou d'une fosse profonde. Les bras mobiles de ce pressoir peuvent être mis en mouvement avec les pieds.

 

 

 

 

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